
Dernière mise à jour : 22/02/2020
1300 mots pour expliquer simplement qui est Julian Assange, ce qu’est Wikileaks, et faire un point sur la situation début 2020. J’écris cet article car je me suis rendu compte récemment que malgré mes publications répétées sur les réseaux sociaux, certains membres de ma propre famille ne connaissaient rien à ce sujet d’une importance pourtant capitale. Ma petite pierre à l’édifice pour tenter de construire un monde meilleur …
J’ai fait en sorte de sourcer toutes mes affirmations avec un maximum d’articles de médias « traditionnels » bien établis, pour qu’on ne puisse me reprocher d’utiliser des sources dites de « Fake News ».
Qu’est-ce que Wikileaks?
Wikileaks est une organisation non-gouvernementale (une ONG est une association à but non lucratif, d’intérêt public, qui ne relève ni de l’État, ni d’institutions internationales), cofondée par Julian Assange en 2006 et représentée principalement par lui depuis.
Le principe de Wikileaks est de faire ce que les médias traditionnels ne font pas toujours, pour diverses raisons principalement liées aux pressions du pouvoir politique et à leur financement, à savoir de diffuser toute information importante au nom de la vérité, de la liberté d’expression, de la liberté d’information et de la liberté de la presse.
Pour cela, Wikileaks propose une plateforme technique sécurisée permettant aux lanceurs d’alerte de leur faire parvenir des documents. Les documents sont étudiés et authentifiés avant toute diffusion, puis généralement repris par les médias dits traditionnels.
Wikileaks est rendu célèbre en 2010 après la diffusion (entre autres) de Collateral Murder, une vidéo de crimes de guerre (ou de bavures militaires si vous préférez ce terme) en Irak datant de 2007 dans lesquelles on voit l’armée américaine ouvrir le feu sur un groupe d’individus pacifiques comprenant, entre autres, deux journalistes de l’agence Reuters qui décéderont de cette attaque, ainsi que deux enfants. Assange déclare avoir divulgués des documents révélant la mort de 109 000 civils en Irak.
Ces vidéos sont consultables sur le site de Wikileaks. Voici la version courte de la vidéo, qui dure 17 minutes, que j’encourage tout un chacun à voir (si vous avez plus de 18 ans bien sûr). Si vous comprenez l’anglais, vous constaterez qu’à la violence des images s’ajoute la violence de certains propros des soldats.
Quelques explications sur cette attaque sont à lire sur Wikipédia.
Depuis la diffusion de ces vidéos, Wikileaks et en particulier Julian Assange sont la cible du gouvernement américain.
Chelsea Manning est l’analyste du renseignement américain qui est supposée avoir fait fuiter ces documents. Elle est arrêtée en mai 2010 et condamnée à 35 ans de prison en 2013, puis libérée en 2017 après 7 ans de détention. Le 8 mars 2019, Chelsea Manning retourne en prison pour refus de témoigner contre Wikileaks.
Wikileaks fonctionne (au moins en partie) grâce à des dons d’argent (vous pouvez aussi donner). Fin 2010, Wikileaks fait face a un blocage financier, quelqu’un tente d’assécher les comptes de l’association pour l’empêcher d’opérer. Visa, Mastercard, Paypal, Bank Of America et Western Union font parti de ceux qui bloquent les flux financiers de Wikileaks. Cela fonctionne puisque Wikileaks doit cesser ses activités éditoriales pendant plusieurs mois pour se concentrer sur le déblocage de cette situation.
Parmi les nombreuses autres actions et révélations de Wikileaks :
- En 2013, Wikileaks aide le lanceur d’alertes Edward Snowden (dont je tacherais de parler prochainement) à fuir Hong Kong et à obtenir l’asile en Russie.
- En 2015, Wikileaks révèle les écoutes téléphoniques de trois présidents de la république française (Chirac, Sarkozy et Hollande) par la NSA. Suite à un mouvement (de courte durée) de protestation en France, Julian Assange écrit au président Hollande pour lui demander l’asile (je vous encourage à lire cette lettre sur le site du monde). La réponse de Élysée ne tardera pas, la demande d’Assange est rejetée après quelques minutes seulement.
- En 2016, Wikileaks publie des milliers d’emails du directeur de campagne d’Hillary Clinton, John Podesta. L’argument selon lequel Wikileaks aurait aidé à faire élire Donald Trump pour le compte de la Russie (Russie à laquelle les Etats-Unis attribuent la fuite) sera à partir de maintenant un nouveau moyen de décrédibilier Assange.
Julian Assange

En 2010, après la divulgation de documents américains par Wikileaks, la justice suédoise révèle suspecter Julian Assange de délits sexuels. Les poursuites sont rapidement abandonnées et Assange est autorisé à quitter le territoire, puis quelques mois après, à la suite d’une nouvelle fuite de documents, un mandat d’arrêt est lancé contre lui.
La section « Poursuites judiciaires » sur la page https://fr.wikipedia.org/wiki/Julian_Assange est extrêmement intéressante. Je ne peux la reprendre en intégralité ici et vous invite a la lire.
Assange nie les accusations portées contre lui et pense que la Suède procédera a son extradition vers les USA s’il se rend dans le pays. Il est arrêté par les anglais, puis remis en liberté sous surveillance, et en juin 2012 il pénètre l’ambassade de l’Équateur à Londres et y fait une demande d’asile politique, qui lui sera accordée par le président équatorien de l’époque, Rafael Correa, malgré les pressions politiques dont celui-ci fera évidemment l’objet. La justice britannique considère qu’Assange a violé les conditions de sa remise en liberté sous caution en pénétrant l’ambassade d’Equateur, et émet un mandat d’arrêt contre lui.
Il passe près de 7 ans dans une petite pièce de l’ambassade d’Équateur, ne voyant le soleil qu’a de très faibles reprises, mais peut continuer à travailler et à communiquer avec le monde extérieur grâce à internet et aux visites qu’il reçoit. (On apprendra ensuite qu’un système de surveillance avait été installé dans l’ambassade, jusque dans les toilettes des femmes, pour permettre à la CIA d’espionner Assange et ses avocats en direct, source).
En 2014, le lanceur d’alerte Edward Snowden diffuse des documents classifiés dont l’un dévoile que l’administration Obama a demandé à ses alliés (la Suède est un allié des USA) de porter des accusations sur Assange.
En février 2016, un groupe de travail de l’ONU estime que Julian Assange a été « détenu arbitrairement ».
En Mars 2018, le gouvernement équatorien lui supprime tout accès avec le monde extérieur en lui coupant notamment l’accès a internet et en limitant ses visites.
Une petite vidéo de Juan Branco, avocat et ami d’Assange, qui explique la situation de Julian Assange début 2019.
Le 11 avril 2019, la police Britannique pénètre au sein de l’ambassade d’Equateur à Londres, à la demande de l’ambassadeur, et Julian Assange est arrêté. Le président équatorien actuel, Lenín Moreno, revoque la nationalité équatorienne qui avait été accordée à Assange en 2017. Pour beaucoup de défenseurs des libertés individuelles, c’est un tsunami. Des experts de l’ONU préviennent que l’arrestation d’Assange l’expose à de graves violations des droits humains.
Depuis son arrestation, Julian Assange est détenu dans une prison de haute sécurité à Belmarsh, au Royaume-Uni, et ménacé d’être extradé vers les Etats-Unis qui l’accusent notamment d’espionnage.
le 31 mai 2019, le rapporteur de l’ONU sur la torture, Nils Melzer déclare que «M. Assange présente tous les symptômes d’une exposition prolongée à la torture psychologique.», source Liberation.fr
le 01 novembre 2019, Nils Melzer estime que le traitement infligé à Assange met sa vie en danger, source 20minutes.fr
Le 17 février 2020, un groupe de 117 médecins de 18 pays publie une lettre dans la revue médicale britannique The Lancet et accuse le gouvernement britannique de porter atteinte au droit fondamental d’Assange d’accéder aux soins médicaux. Sources : thelancet.com et 20minutes.fr
Silencieux pendant longtemps, Reporter Sans Frontière lance enfin une pétition pour demander à la Grande Bretagne de ne pas extrader Julian Assange vers les USA. Signez-ici : https://rsf.org/fr/free-assange
Le procès de Julian Assange doit s’ouvrir le 24 février 2020.
Je vous encourage à lire l’article suivant sur le site de la Ligue des Droits de l’homme, personne n’explique mieux qu’eux ce qui se joue en ce moment : https://www.ldh-france.org/liberte-pour-julian-assange/
Pour finir, une vidéo très intéressante de Juan Branco (qui vient de publier un livre sur Assange) qui expose en 20 minutes une vision globale du sujet.
Si après lecture vous aviez une révélation, et que vous ne saviez pas par où commencer pour faire avancer les choses, vous pouvez toujours commencer par :
- Signer la pétition de Reporter sans Frontière,
- Signer la pétition d’Amnesty International,
- Faire un don à Wikileaks,
- Diffuser l’information autour de vous,
- Suivre les médias avec un autre oeil,
- …